Jeudi 20 septembre 2007

Marche ou rêve...

Laurence Vielle et Jean-Michel Agius sont aux commandes de ce voyage au travers des mots et des émotions, tout en lenteur et sentiments.
Au départ, une envie commune, celle de la liberté de création en
« itinérance », loin d’un temps et d’un espace quotidiens. Laurence et Jean-Michel s’aiment. Lui habite à Paris, elle vit à Bruxelles. Elle se perd dans un temps derrière lequel elle se sent courir sans cesse, lui se trouve enfermé entre les quatre murs de son studio qui lui semblent se rapprocher un peu plus chaque jour.

Poussés par cette soif de temps nouveau et d’espace différent, ils décident alors d’entreprendre un voyage entre leurs deux villes, sans rien d’autre que leur sac à dos, une caméra, leur cahier de route et un petit enregistreur. Prise de note contre prise de vue, de prise de son en lâcher-prise, les rencontres suivent les petits moments-cadeaux.
De ce voyage est né le spectacle « Etat de Marche », compte-rendu poétique de leur pérégrinations bruxello-parisiennes.
Livré par petits fragment inachevés, sous forme de « work in progress », dans diverses villes au cours de l’année écoulée, c’est aujourd’hui la forme aboutie qu’ils en proposent. Un spectacle qui a donc pu apprendre du public et des rencontres réalisées durant sa création.

Laurence est comédienne et auteure. Jean-Michel, lui, est vidéaste et chorégraphe. C’est donc tout naturellement qu’ils ont fait appel tant aux mots qu’aux sons et aux corps dans ce spectacle qui alterne moments parlés, dansés, vidéos en fond, et musique en live. Sur le plateau, Laurence et Jean-Michel sont en effet accompagnés de leurs voisins bruxellois, musiciens, au violon Catherine Graindorge et à la batterie, Elie Rabinovitch.
Malgré l’extrème lenteur des débuts, on se laisse transporter par les images, celles projetées bien sûr, mais aussi celles du corps de Jean-Michel Angus, qui, par de subtilement simples moyens, joue de l’équilibre et des lois de la pesanteur. Images superbes de poésie, elle amènent d’autres images en nous, tout en douceur rêvée. Les compositions musicales s’envolent à certains moments, surtout dans la fin du spectacle, moment de sérénité retrouvée, décollage pour l’émotion pure ...
Malgré les quelques fragilités de jeu, Jean-Michel Agius étant assurément plus à l’aise au corps qu’à la voix, et le temps de démarrage assez lent du spectacle qui pourrait déstabiliser les plus pressés d’entre nous, l’aventure se révèle être, au final, un petit bijou de sincérité et un moment de théâtre comme on voudrait plus souvent en vivre, qui dit tout de la splendeur de l’instant vécu simplement pour ce qu’il est.